Fever

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Mon premier contact avec Leslie kaplan, je l'ai eu dans le métro. Un homme lisait "Le psychanalyste" et en lisant par dessus son épaule (Hé ! Oui, je ne suis sûrement pas très bien élevée !) mais discrètement (je n'aime pas gêner les gens) j'ai été frappé par la prose de Leslie Kaplan : claire, sensible, intelligente et en même temps extraordinairement facile à lire. Vous pouvez lire Leslie Kaplan même si vous êtes complètement crevé par une journée de boulot énervant ou épuisant, même si vous tombez de sommeil, même si vous êtes complètement déprimée, au dernier degré de la dépression et du découragement. Leslie Kaplan, c'est quelqu'un de très humain.

Ses écrits son teinté d'un humanisme généreux, subtil. Cet auteur n'est pas "culcul" et elle ne nous assome pas de "bons sentiments" frauduleux, d'optimisme béat, de clichés du genre "j'aime la vie, qui est tellement merveilleuse" (qu'est-ce qu'il faut être con pour dire ça !).

Je trouve que ce n'est pas toujours extrêmement réaliste et cet auteur a tendance, c'est vrai, à voir les gens meilleurs qu'ils ne sont...mais c'est tellement bien fait ! Leslie Kaplan analyse en écrivant les détours, les contradictions, les fantaisies de la pensée et de l'imaginaire humain.

Si par contre vous êtes allergique à la psychologie et à la psychanalyse, si vous aimez les histoires "bien troussées", les suspens, les aventures halletantes, ne lisez pas Leslie Kaplan !

Lasse de tourner la tête dans tous les sens pour tenter de distinguer le titre de ce livre si passionnant, j'ai fini par demander au voyageur :"Excusez-moi, monsieur, je ne veux pas vous déranger...Pourriez-vous juste me dire quel est le titre du livre que vous lisez ?" et le lecteur, avec l'urbanité souriante caractéristique des personnes cultivées, c'est fait un plaisir de me renseigner.

"Le psychanalyste", c'est un jeu très subtil d'écriture où deux personnages se croisent sans ce rencontrer. Mais nous, de notre place privilégiée de lecteur, nous pouvons suivre leurs pensées, leurs sentiments, et leur passions commune pour Kafka.

 

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"Fever", ça m'a un peu moins plus, principalement parce que je ne n'arrive pas à adhérer à l'idée que le meurtre des deux garçon ait une cause unique (les démons du passé), mais c'est toujours écrit avec autant de sensibilité, de merveilleuse intelligence.

Deux garçons commettent un crime qu'ils croient être un "acte gratuit". Ils découvrent peu à peu que le hasard, lorsqu'on prétend le diriger, prend la forme attroce de l'inconscient le plus noir...

Extrait :

"En fait il y avait deux rêves qui revenaient de façon récurrente sous des formes légèrement modifiées. Le premier : une vieille femme décharnée, squelettique, était recroquevillée sous une couverture, elle marmonnait sans arrêt, d'abord on n'entendait rien, ensuite on percevait qu'elle maudissait Dieu et les hommes, elle criait de plus en plus fort, brusquement elle se levait, elle brandissait un couteau de cuisine et à ce moment-là Pierre se rendait compte avec une horreur indicible que la vieille femme, c'était lui. Il avait une perruque. La perruque tombait, il se réveillait.

   Dans le deuxième rêve il y avait une grande réunion de famille, convoquée par l'aïeul. On recherchait un meurtrier. Une histoire de vengeance. L'aïeul, paralysé, était assis dans un fauteuil. Malgré ou à cause de son immobilité il était très imposant. Seuls ses yeux bougaient. Il faisait lire à Pierre un dictionnaire, mot après mot, il dévoilerait ainsi le nom du meurtrier. Tout le monde suivait, il y avait une tension terrible. Quand Pierre arrivait au mot "toi" l'aïeul clignait des yeux. tout le monde regardait Pierre. Pierre éprouvait alors une angoisse affreuse. Il savait que le vieillard s'était trompé, volontairement ou non, et que le mot sur lequel il aurait dû cligner, c'était non pas "toi", mais "moi"."

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