Boris Cyrulnic

Publié le par Gorky


 

« On fait des enfants, mais les enfants ne se laissent pas faire. »
Boris Cyrulnic


    Je trouve que cette citation, à forme de jeu de mot, "à la manière psychanalytique" et très savoureuse. Cette manière d'allier le fond et la forme a un caractère expressif irremplaçable. Une bonne citation se doit d'être mnémotechnique et doit, je pense, pour être vraiment bonne, allier l'élégance de la forme et la pertinence du fond.
  Il ne suffit pas de dire les choses, il faut les dire bien La pensée mal exprimée perd véritablement de sa pertinence. Choisir ses mots et essayer de maîtriser toutes les subtilités du langage (jeux de mots, consonances voisines, etc.), il me semble que c'est le secret de bien écrire. Ici, l'analogie entre "faire" quelque chose de concret, de matériel et l'expression "ne pas se laisser faire" résume admirablement le rapport parent-enfants : les enfants sortent du ventre de leur mère, ils sont "fait" physiquement par leurs parents, mais le jeu du langage les "sort" symboliquement du ventre de la mère et les place dans l'espèce humaine en général et dans la société.

   L'homme est un animal qui, en procréant, a beaucoup de mal à ne pas assimiler son enfant à une création qui devrait tout à lui-même et à la personnalité de ses parents, au lieu de devoir tout à l'instinct de reproduction. C'est une des "ruses de la raison", je pense, de faire croire à l'homme qu'il est pour quelque chose dans la venue au monde d'un nouvel être humain.

   Mais, en même temps, le "monde symbolique du langage" lui donne un pouvoir extraordinaire sur cet enfant, bien plus important que celui des animaux sur leurs petits, car ce n'est pas seulement un pouvoir physique de vie et de mort, mais un pouvoir symbolique, qui, quoiqu'ils fassent, va influer sur le psychisme futur de l'enfant.

   C'est par le langage que nous sommes asservis, c'est par le langage qu'il nous faut nous libérer.

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